Atelier d'écriture / Université de Poitiers - Maison du Comédien (Alloue)

En septembre 2010, Leila Adham me propose d'animer un stage d'écriture pour les étudiants de licence de l'Université de Potiers. Le stage a lieu à la Maison du comédien, l'ancienne maison de Maria Casarès, à Alloue, en Poitou Charentes. Immersion champêtre et artistique.

Pensées, à quelques mois de là :

J’ai pris le train pour rentrer d’Alloue et j’étais rempli, remonté, regonflé à bloc par cet atelier d’écriture. Je suis arrivé chez moi à Paris, j’ai allumé la radio et j’ai entendu qu’un énorme tremblement de terre était survenu le matin même. Bizarre coïncidence : pendant trois jours je venais de faire écrire les stagiaires sur le séisme intervenu à Haïti le 12 janvier 2010. Pendant que le séisme ravageait le Japon, nous lisions au milieu des champs poitevins, nos tentatives de théâtre pour dire la catastrophe haïtienne. Coïncidence qui me fit penser à une autre : une heure avant que le séisme ne tue 250 000 personnes à Haïti, le poète Franketienne répétait dans sa maison de Port au Prince une pièce qu’il venait de finir et dont le pitch est le suivant : deux hommes sont coincés sous des décombres après un violent séisme.

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Les jours qui ont suivi le séisme du Japon, j’ai passé un temps fou à regarder les images qui tournaient en boucle sur Internet. J’essayais de me représenter la violence, la terreur. Pour Haïti, je n’avais pas beaucoup d’images. J’avais surtout en tête au début du stage, les romans qui se sont écrits sur le sujet. Dont le très beau Tout bouge autour de moi de Dany Laferrière.

Quelques semaines avant le stage à Alloue, j’avais été faire un tour rue des Ecoles, dans le quartier Latin. J’étais d’abord entré dans la Librairie Africaine pour voir ce qu’ils avaient sur le sujet. J’avais parlé avec la libraire. Elle m’avait donné son point de vue : ils ont dû beaucoup pêcher pour qu’il leur arrive une telle catastrophe. A l’appui de sa thèse, elle me cita le naufrage du Joola en Casamance qui avait fait près de mille morts. Ce bateau avait coulé parce que les hommes de ces îles n’avaient pas tenu leur promesse de ne plus faire couler le sang. 

Je traversais la rue pour me rendre chez l’Harmatan. Là, je trouvais plusieurs ouvrages : des romans, des Histoires d’Haïti, des livres de poésie, des bouquins de photo sur le théâtre et le vaudou. J’achetais tout. Je devais emmagasiner un maximum de données si je voulais être en mesure de proposer ce thème d’écriture aux étudiants de Poitiers. En peu de jours, je lisais et découvrais d’une manière très intime l’épisode du séisme mais surtout Haïti et les auteurs haïtiens. Par le biais de la catastrophe, je découvrais un pays, une géographie, on me faisait ressentir des situations qui avaient lieu là bas. Je commençais à avoir la bougeotte. L’envie d’y aller voir.

photos_et_video_pour_thibo_468.jpgJe prenais le train de 7h32. A la gare de Poitiers, je retrouvais Leila Adam qui me faisait intervenir. Nous nous séparâmes rapidement : elle allait donné ses cours à l’université, et moi je partais à Alloue en voiture avec deux étudiants. Voyage champêtre et conversation plaisante. Je fais la connaissance d'Alice et d’Aurélien.

Nous arrivons et rapidement nous nous retrouvons à vingt assis autour d’une très grande table en bois dans la cuisine de l’ancienne maison de Maria Casarès. Nos hôtes nous content l’histoire du lieu autour d’une tasse de café. Une fois la présentation faite, ils se retirent, et nous demeurons les stagiaires et moi. C’est le moment de « lancer » le projet. C’est le moment de transmettre de l’envie. De se montrer clair et convaincant. De pointer les liens entre le réel et l’écriture. De commencer à semer des graines qui cet après-midi, demain au plus tard, feront pousser des textes. Nous sommes ici pour trois jours seulement. Ce matin, nous n’avons rien en main. Dans trois jours, nous aurons un spectacle de deux heures. 

Ca prend. Les yeux des plus timides se lèvent. Les plus en retrait s’avancent. Ca prend. Je me sens fragile sur mes connaissances d’Haïti mais après tout, il s’agit davantage de plonger dans le sujet de la catastrophe que dans une véritable radiographie de la situation haïtienne. Pour cela nous sommes trop peu armés. Il aurait fallu que nous soyons tous mieux renseignés. Cependant chacun a des idées sur l’événement. Qu’est-ce qui fait événement d’ailleurs dans cet événement ?

Nous passons l’après midi à parler du sujet, à proposer des approches. Je pointe au passage de possibles terrains d’écriture, parfois même des consignes précises. Il nous tarde de prendre le stylo…

Nous découvrons le théâtre de la Maison du comédien. Une salle modulaire avec, au fond, deux battants qui ouvrent sur la nature. Un outil de travail idéal. Le régisseur nous installe une très longue table sur scène. Nous investissons le lieu. Encore quelques mots pour motiver l’écriture et c’est parti. Nous voilà tous plongés dans le silence. Nous tentons de trouver des situations, des mots, des personnages pour raconter quelque chose de cette catastrophe haïtienne.

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Lorsqu’on remet le nez dehors il fait nuit. Ca sent la campagne la nuit. Il me semble que ça fait des années que je n’ai plus senti cette odeur romantique. Dîner joyeux autour de deux grandes tables (encore des tables !). On a juste eu besoin de mettre les pieds dessous. On est bien là, tous ensemble, à l’écart du monde. Les téléphones ne passent pas. Propice à décrocher. 

Les jours qui suivent, nous poursuivons le travail entrepris. A coup de séances d’écriture et de tours de lecture. Nous commentons, nous interrogeons, nous retravaillons. Inutile pour l’instant de chercher une cohérence entre les textes. Il ne s’agit pas de construire un bel animal dramatique. Ce sera bien sûr des éclats, des fragments, qu’on agencera in fine, trente minutes avant la lecture de fin de stage.

photos_et_video_pour_thibo_561.jpgLa voilà justement. Depuis le bâtiment principal, nous voyons venir les responsables de la Maison du comédien parmi lesquels la directrice Claire Lasne. Curieuse, elle a voulu assister à la lecture que l’on avait décidé de faire le dernier après-midi. C’est tant mieux. Mais forcément, ça met la pression. Chacun a eu la matinée (au plus) pour mettre en place la lecture de son texte, fini (au mieux) la veille. L'ordre de passage est écrit sur le tableau noir.

Les stagiaires se relaient aux pupitres plutôt harmonieusement. Plaisamment on découvre de multiples approches de la question, parfois fragiles, d’autres fois très réussies. Certains textes « font vraiment théâtre ».

Et c’est déjà la fin.

Nous nous quittons avec beaucoup d’émotions. Ces trois journées ont été très belles et très intenses. Le groupe que nous avons formé a vécu une belle expérience. "On garde ça dans nos cœurs". Retour en voiture au coucher du soleil. Lâché devant la gare de Poitiers, un peu sonné par tant d’échanges et de convivialité. Mais prêt à y revenir très vite.

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