Autour du Théâtre Contemporain / Mise en espace / Théâtre universitaire de Nancy

En novembre 2010, Denis Milos du Théâtre universitaire de Nancy proposait à Calin Blaga, Jean-Marie Clairembault et à moi-même d'être les auteurs invités de la 9ème édition du festival "Autour du théâtre contemporain". Pour cette occasion, il nous a demandé d'écrire chacun un texte court sur le thème "Théâtre au masculin : le sexe fort ?". À la suite de cette commande, nous sommes venus animer un stage de jeu avec des comédiens de l'agglomération de Nancy.

Nous avions monté une usine à gaz. 

Chaque auteur (3) avait écrit un texte de 20 minutes et nous disposions de 18 stagiaires pour répéter ces textes. Temps imparti : 25h (5 soirées de 5 heures). Nous avions convenu que chaque texte serait divisé en 3 et que chacun d'entre nous s'occuperait d'un bout des 3 textes. Je me retrouvais avec le premier tiers du texte de Jean-Marie, le premier tiers du texte de Calin et le deuxième 

tiers 

de mon texte. 

 


Je travaillais le texte de Jean-Marie avec un groupe qui n'était pas le même que celui avec lequel je travaillais le texte de Calin, qui n'était pas non plus le même que celui avec lequel je travaillais mon texte. En effet, nous avions divisé le groupe en 3. 3 groupes de 6 personnes. 

Chaque soir nous étions réunis au théâtre Mon désert où nous répétions. Le théâtre Mon désert comporte une seule salle, un seul plateau. Nous étions, incompressiblement, 3 groupes. Alors nous avons divisé le théâtre en 3. Il y aurait naturellement 1 groupe sur le plateau. Mais aussi 1 groupe dans la loge (petite, chaude comme une étuve). Et encore, 1 groupe dans l'entrée séparée du plateau par un simple pendrillon noir. 

Nous disposions de 5 heures de travail chaque soir. Aussi avions nous décidé de diviser cette durée en 3 créneaux d'1h30 chacun (plus une pause repas de 30 minutes). 

Les groupes tournaient ainsi, et nous tournions aussi, toute la soirée, dans le théâtre. 

Nous avions déterminé, au cours d'une matinée où je puis m'en vanter, j'avais pris les choses en main quant à la mise au point de ce planning, que nous disposions de 9 morceaux de textes (chaque texte étant divisé en trois) et de 9 créneaux de travail par soir (chaque séance étant divisé en 3 créneaux, et nous-mêmes étant 3, dans 3 espaces différents prêt à accueillir les 3 groupes), soit 45 créneaux sur la semaine. Cela signifait, en bon langage mathématique, que nous pouvions répéter chaque morceau 45 / 9 = 5 fois. 5 X 1,30 = 6h30. C'est à dire que nous avions agrandi le temps : 6h30 X 9 = 58h et trente minutes. Souvenez-vous, nous ne disposions en valeur absolu que de 25h.

C'était une sacrée valse. Ceux qui occupaient le plateau tardaient toujours à le libérer pour le groupe d'après. Tandis que ceux qui occupaient la loge étaient toujours les premiers sortis, avec un mal de tête qui les précipitaient dehors, gênant au passage ceux qui travaillaient dans l'entrée. "Vous pouvez parler moins forts!" était le maître mot tant les espaces communiquaient. Les pauses clopes ralentissaient cette brillante machinerie. Il n'était pas rare d'apercevoir un clopeur perdu au milieu de cette nouvelle Babel, furetant d'espaces en espaces à la recherche du lieu de son emploi. 

 


Il fallut mettre tout ça ensemble. Chacun n'avait la vision que de trois morceaux du puzzle en neuf pièces. Le bout à bout des fragments s'avéra jubilatoire. Chaque texte se voyait habillé de trois mises en scène différentes, volontiers disparates, voire incohérentes. Chaque texte y gagnait beaucoup. A l'intérieur d'un même texte, nous percevions trois univers différents. Ce qui signifie que pour 3 textes, nous avions 9 univers différents. Cela faisait au final un spectacle en 9 tableaux, ou pour le dire mieux, en 3 actes de 3 scènes 

chacun.

Le tout fut présenté dimanche 20 février devant un gradin enthousiaste. Les acteurs furent plus brillants que jamais. Je les en remercie. Ne nous restait plus qu'à réunir enfin le groupe et les espaces du théâtre Mon désert au sein d'une fiesta aux sons et lumières de la régie du spectacle.