Alexandra Badea : gros plans sur Puvlérisés et Europe Connexion

La troisième Atelier de lecture contemporaine était consacré à quatre pièce d'Alexandra Badea. Outre la très belle pièce Pulvérisés, paru chez L'Arche Éditeur, nous avons pu découvrir son dernier texte : Europe Connexion.

En 2013, Pulvérisés a reçu le "Grand prix de littérature dramatique" décerné conjointement par la SACD et le CNT. Pulvérisés aux quatre coins du globe, quatre agents économique d'une entreprise de fabrication de box internet, nous donnent à voir et entendre des tranches de leur vie. Ces vies sont toutes envahies par les nouvelles technologies et notamment par les échanges virtuels via des webcams ou des conference call. Mais ce qui est le plus saisissant dans cette pièce, c'est la présentation alternée de ces quatre monologues qui sont moins isolés que reliés entre eux par cette composition. Les personnages sont liés par un même projet (la fabrication d'une box internet), mais surtout ils sont interdépendants. Les décisions des uns régissent la vie des autres. La mondialisation correspond, sous la plume de Badea, à ce double mouvement : d'une part les quatre protagonistes sont pris dans un mouvement d'ensemble qui les emporte tous ; d'autre part, leurs décisions pèsent lourdement (de bas en haut ; de Lyon à Shanghai ; du cadre supérieur à l'ouvrière de la chaîne) sur le destin de l'autre, c'est-à-dire que toute lâcheté se paie quelque part. Par ce montage, Badea parvient à restituer le corps perdu (et souffrant) de ce monde (de cette mondialisation) qui se donne pour virtuel (qui prétend n'être que flux et reflux, sans lieu, sans corps).

Europe Connexion est sa dernière pièce. Elle a été écrite sous la forme d'un feuilleton de dix épisodes de 7 minutes commandés par Alexandre Plank pour une réalisation sur France Culture. Europe Connexion est un portrait au vitriol d'un ancien assistant parlementaire reconverti dans le lobbying pour le compte d'une entreprise multinationale qui évolue dans le secteur agroalimentaire. Véritable Macbeth de notre époque (flanqué d'une Lady Macbeth aux non moins sombres influences), le héros nous entraîne dans ses machiavéliques chemins de pensée en vue de faire barrage à tel ou tel projet de loi ou pour déstabiliser tel ou tel gêneur. L'intelligence pro active du héros est toute engagée dans la recherche d'un story telling convaincant. Une des grandes forces du texte consiste d'ailleurs à donner à voir l'invention de récits par les scénaristes d'un genre nouveau : les lobbyistes. Dans ces nouveaux récits, la question de la vérité de ne se pose pas. Il s'agit de trouver le scénario adéquat pour faire passer les intérêts privés d'une firme pour une quête du bien commun. Nous voilà donc aux prises avec la création cynique d'un récit faux mais qui doit se parer de toutes les apparences du vrai. La question tourne finalement au dilemne personnel : jusqu'où le héros choisira-t-il d'aller dans l'invention de ce récit ? À quel point s'en trouvera-t-il ou non, lui même, altéré ? 

On ne peut que recommander également la lecture des trois autres pièces de Badea parue à ce jour chez L'Arche éditeur : Mode d'emploi, Contrôle d'identité et Burnout. Peintures d'un monde inquisiteur où alternent questionnaires et formulaires.